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Appel à la journée forêt libre du 6 juin, au bois des Avenières à Roybon

Posté par admin le 22 mai 2010

Journée forêt libre .

le 6 juin,
lendemain de la journée mondiale de l’environnement,
nous vous invitons à venir marcher, cueillir les derniers muguets, repérer les coins à champignons ou châtaignes, casse-croûter, faire ou écouter de la musique,
discuter et échanger…
lors d’une journée forêt libre dans le bois des Avenières à Roybon. Nous nous réunirons sur ce site, pendant qu’il est encore accessible à tous avant sa transformation en Center Parcs, Tahiti de pacotille pour tourisme de masse. Nous refusons que “ Pierre et Vacances “ mette la nature au service de la spéculation immobilière . Rendez vous le 6 juin à partir de 10 h 30 devant l’office du tourisme de Roybon, ou, pour ceux qui connaissent, directement au bois, au milieu du chemin forestier, au niveau du mirador.

Signataires :

Association Pour les Chambaran sans Center Parcs.

Association « Cheval Autrement.

Les Verts de Beaurepaire.

L’association pour la protection des animaux sauvages.

Le blog  http://chambarans.unblog.fr/

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De l’implantation d’un Center Parcs en Isère et du choix imposé entre une forêt et sa vie sauvage, et une usine à loisirs

Posté par admin le 29 juin 2009

 

De l’implantation d’un Center Parcs en Isère et du choix imposé entre

 

une forêt et sa vie sauvage, et une usine à loisirs

 

 

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 Isérois et amoureux de la forêt et de la vie sauvage qu’elle abrite, je déteste l’idée qu’un marchand de loisirs ultra-rentables à la mode vienne, après avoir utilisé toutes les aides de l’état et de la région possibles, massacrer une forêt et en déposséder les riverains et promeneurs traditionnels, attachés à ce qu’elle représente de beauté gratuite, de calme, de sérénité, de poésie, de liberté, de surprises, d’émotions ou de nourriture. Dans le consensus apparent sur l’installation de ce dernier, je ne  vois pas une approbation massive et réfléchie de la population locale, mais le résultat d’une désinformation savante et de chantages à l’expansion économique par le tourisme et à ses emplois attachés. Dans un souci d’information plus libre et réfléchie, je souhaite tenter de remettre les choses à leur juste place, nos responsables locaux me paraissant pour le moins plutôt aveuglés par leurs rêves d’expansion possible de la région.

 

 

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La société Center Parc

Une des « marques » phare du groupe « Pierre et Vacances », entreprise capitaliste moderne, aux méthodes de gestion d’un opportunisme scientifique. « Pierre et Vacances » c’est le « capital sans risque » et à très grande rentabilité. Grande adepte du pillage des ressources naturelles, financières et humaines des régions sur lesquelles elle jette son dévolu, cette structure est passée maîtresse dans l’art de l’utilisation maximale de toutes les aides que peuvent lui verser l’état, les régions et autres municipalités. Ce leader reconnu dans l’art de faire payer par la communauté et des investisseurs privés alléchés par des campagnes de communication sophistiquées, ses frais d’installation et de fonctionnement est aussi précurseur dans l’art du mensonge écologiste moderne, le nouveau capitalisme vert, dont il a, avec l’appui peu regardant du WWF, été un des premiers à découvrir et faire prospérer la très juteuse rentabilité. Prospérant sur la misère sociale, cette société aux arguments de communication élaborés a aussi l’art de s’auto-proclamer sauveteuse et créatrice d’emplois, pour imposer insidieusement ses nuisances en spéculant sur la peur du chômage et le leurre de travail intéressant créé, qu’elle oublie de définir et quantifier clairement. La crise et la peur de l’avenir sont là et la population angoissée et fragilisée est mure pour se vendre à n’importe quel importateur de promesse de richesses touristiques, de revitalisation de villages, de sauvetage de petits commerces et de créations d’emplois.

 

 

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Ses parcs de loisirs

Ce sont des usines à parquer le touriste, véritables monstres dévoreurs d’espaces encore un peu sauvages, libres et gratuits, pour lesquels les autorités, après en avoir accepté en notre nom notre dépossession, vont devoir créer des infrastructures, notamment de transports et d’assainissement, colossales non justifiées jusque-là. Ce sont des routes et autres usines à transport dont la finalité n’est que les déplacement de touristes vers ces temples modernes de consommation compulsive et obéissante.
C’est l’hyper-activité stérile et payante, mais en définitive passive en lieu et place de la détente, du repos, de la découverte humble et de la contemplation gratuite. C’est l’infantilisation et l’ aliénation de leurs clients et des populations environnantes transformés en gogos décervelés dépensiers. C’est la société marchande entrant en force dans l’espace de liberté du temps arraché au travail. Ce sont des loisirs à la chaîne, de la « multi-activité », avec en pivot central, « l’aqua-mundo » sorte de gigantesque piscine avec ses saunas, solariums et autres fabriques de vagues artificielles,  en permanence bondé et dévoreur inutile d’énergie.  C’est  aussi  » le paradis subtropical », pâle et stupide illusion de nature sauvage, avec déplacements et mises sous cloche d’espèces tropicales non viables dans nos régions et nécessitant un entretien coûteux et gourmand en énergie (gestion de la température, du taux d’hygrométrie, et renouvellements réguliers).
Et cela, en lieu et place de points d’eau, faune, et flore existant, adaptés, autonomes et …. gratuits.
C’est le début de la fin de la vie sauvage des Chambarans.

 

 

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Ses créations d’emplois

A y regarder de plus prés, les déclarations euphoriques des communicants sont à relativiser. Les chiffres annoncés sont à modérer en tenant compte du très grand nombre d’emplois à temps partiel, pouvant ne représenter que 10 heures par semaines.
Pour les emplois à temps complet, l’amplitude des horaires de certains postes est difficilement conciliable avec une vie privée normale. Les salaires sont dans les plus bas de ce type d’emplois. Les aides d’état associées à ces emplois seront importantes.
Et les titres ronflants associés aux postes de travail gagneraient à être simplifiés et remplacés par du vocabulaire plus honnête:
Femmes de ménage, balayeurs, plongeurs ….. Il n’y a certes pas de sots métiers, mais appeler les tâches par leur nom permet de mieux en appréhender la réalité. Et l’avenir de la jeunesse et sa « fixation » dans la région (argument entendu régulièrement) sont-ils là? Il est à noter que le taux de démissions semble très important dans les center-parcs existants, et quelques recherches sur des sites de « réseaux sociaux », avec « Center Parcs » en mot clé nous le confirme aisément.

 

 

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Un impact économique ?

L’étude des Center-Parcs existants montre surtout une structure faisant vivre sa clientèle en autarcie  et c’est d’ailleurs ce que vantent ses publications. Le touriste y est capté et tout est fait pour l’inciter à consommer sur place.
Center-parcs est une entreprise et, comme telle, n’est pas là pour faire du sentiment, mais du chiffre. Elle n’a aucun intérêt à favoriser une concurrence. Il est intéressant de noter que l’ on trouve sur internet ou dans des brochures tant de center-parcs que des autorités diverses, de multiples articles nous incitant à croire à des retombées futures au moment de convaincre les populations. Etudes prospectives bizarement  très « chiffrées » et voeux pieux se côtoient  dans une admirable consensualité très positive. Mais lorsqu’on essaie de trouver ce qui se passe réellement après, on ne trouve plus rien. Aucune étude postérieure à l’installation de ces structures n’est disponible, alors que les premières créées sont déjà anciennes. Les promesses seraient-elles surestimées et ne seraient-elles que de la propagande ? D’autre part, par le chantage à l’emploi et à la Sainte-Croissance, on continue inlassablement à nous vendre de la consommation à outrance et de la destruction d’espaces, alors que tous les indicateurs écologiques et sociétaux sont au rouge, et de cela nous ne voulons pas. Si le problème du chômage est réel, devons nous pour autant aliéner encore et toujours nos existences à l’acceptation du chantage permanent à celui-ci et ses cortèges de misère associés, ou bien devons nous enfin poser la question du travail dans la société humaine d’une autre façon, non reliée à la rentabilité outrancière et destructrice des lois de la société marchande ?

 

 

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Un impact dans notre quotidien ?

Après, un projet d’une telle ampleur, qui peut nous dire ce que vont devenir les Chambarans ? Center-parcs ne va-t-il pas essayer d’agrandir encore son domaine en utilisant la forêt proche pour des activités rattachées ? Compte tenu de l’afflux potentiel de touristes « en activité », les autorités ne seront-elles pas contraintes d’encadrer ces lieux par des arrêtes restreignant la liberté d’y circuler ? D’autres structures appâtées par la masse de clients déjà présents, ne vont-elles pas à leur tour venir rogner encore cet espace ? la région ne va-t-elle pas se retrouver prise dans le grand délire de la « vitrine touristique » ?
Les routes créées ne vont-elles pas inciter une population citadine à venir construire des résidences secondaires, dont une partie importante en lieu et place de la forêt ? Est-on en train de laisser entrer le loup dans la bergerie ?
Si aujourd’hui nous offrons une main, demain n’est-ce pas le bras entier qu’on nous prendra ?

 

 

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Un investissement rentable de nos impôts ?

La révision à la baisse, par le conseil régional de sa subvention (de 15 millions d’euros initialement prévus, elle passe brutalement à 7 millions ), oblige, dans l’urgence, les différents bailleurs à revoir leurs participations réciproques. Il semble clair que les 8 millions manquants seront pris dans les caisses des communes environnantes mises devant le fait accompli. Si tel est le cas ce « hold-up » sera douloureusement subi par les populations sans recours.L’argent versé par les commune sera-til retiré aux associations locales ? Si, pour avoir droit à du loisir payant, les habitants des communes victimes perdent des subventions à leurs propres associations, cela ne pose-t-il pas un problème moral? Cela semble par ailleurs indiquer, à minima, un manque d’enthousiasme récent à financer la structure. La somme initialement prévue, et dont tout le monde sait qu’elle sera de toute façon dépassée, comme à chaque fois dans ce type d’investissement, ne semble plus aujourd’hui faire l’unanimité. Des informations ou études récentes inciteraient-elles une partie des autorités à plus de prudence ? Et, en tout état de causes, nos impôts « sorte de pot commun », sont ils dans une utilisation normale, lorsqu’ils sont destinés à être offerts à une entreprise privée aux bénéfices colossaux, dés lors qu’elle nous fait l’honneur de nous offrir ses nuisances. Le mot « rentabilité » n’est-il pas censé être exclu des finances publiques ?

 

 

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Et si ça ne marche pas ?

Depuis déjà longtemps, le système capitaliste, pour respecter ses impératifs de croissance nous invente des « bulles », novatrices, modernes, adaptées aux nouveaux et sans cesse renouvelés  » besoins de l’homme ».
Bulles Internet, bulles des nouvelles technologies, et autres bulles sporadiques annonciatrices de bonheur humain par des  créations de richesses et d’emplois ont une fâcheuse tendance à s’effondrer.
En dehors de l’aspect très contestable de ce détournement mercantile et de ces fuites en avant désespérées, force est de constater que ces bulles explosent les unes après les autres et ne tiennent pas les promesses défendues par leurs instigateurs.
Une de ces bulles très à la mode en ce moment, c’est l’industrie des loisirs, avec, là aussi, multiples promesses et tapage médiatique servile, notamment le très prometteur et très hypocrite « tourisme vert « , unanimement proclamé sauveur à la fois de l’écologie et de la crise.
Cette bulle, comme les autres, attire et fait rêver nos spéculateurs habituels qui voient là des milliers de possibilités de faire ronfler les tiroirs-caisse et ne lésinent pas sur les moyens de nous convaincre d’y participer et de l’accepter comme un progrès, voire un sauvetage de nos régions durement touchées par le chômage.
Mais cette bulle qui nous vend, dans un système étonnant, à la fois le travail et le loisir est, elle aussi, susceptible d’exploser par la multiplication délirante de ses structures alors que parallèlement la « crise » affaiblit de manière notable le niveau de vie, et donc, la capacité à dépenser.
Si au bout de 2 ou 3 ans la structure ne tient pas ses promesses et doit s’arrêter, qui nous rendra la forêt détruite pour rien, qui nous débarrassera des ruines, qui nous soignera des rêves brisés et des espoirs une fois de plus déçus ?
Réfléchissons avant de nous faire dévorer par ce monstre qui après nous avoir fait subir 3 à 4 ans de monstrueux chantier pour s’installer, ponctionné les finances locales, et modifié inexorablement les équilibres passés, aura les mains libres et s’assoira sur des promesses qui n’engagent que ceux qui y croient, ou s’auto-détruira et nous laissera un champs de ruine en lieu et place d’une forêt qui, elle, a toujours tenu ses promesses.

 

 

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Un opposant à center-parcs,   le 1er juillet 2009,

Voir site dédié:

  http://chambarans.unblog.fr/

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Caterpillar. Travailler plus, consommer plus, détruire plus, tuer plus ou tout arrêter?

Posté par admin le 21 mars 2009

Les travailleurs de caterpilar sont en lutte contre le chômage technique qui les touche depuis l’année dernière et contre les licenciements  » boursiers « prévus cette année.
Dans l’atmosphère de crise, désindustrialisation , délocalisations, chômage, la tentation est grande de se mobiliser contre ces licenciements et de se solidariser avec les cater.
Mais à y regarder de plus près, qui et quoi soutient on réellement .

Posons nous un instant et réfléchissons dans l’absolu.

Qu’est caterpillar?

Une énorme entreprise marchande, référence mondiale dans son domaine avec à son catalogue environ 300 types de machines de travaux publics (pelleteuses, chargeurs, poseurs de canalisation, pelles, tracteurs etc.)
Leader aussi dans la fabrication de moteurs particulièrement performants utiles notamment dans les mines les plates-formes pétrolières et tous les endroits difficiles d’accès  de la planète (montagnes,déserts) dixit leurs pubs.
« La culture Caterpillar s’articule autour des concepts de croissance, d’évolution, de changement et d’utilisation des technologies dans le but de trouver des solutions pour nos clients. »
Cette entreprise revendique donc une « culture » de la croissance et de l’innovation technologique et ses publications externes le revendiquent
Son journal interne destiné à ses ouvriers « le maillon » (ça s’invente pas !),revendique aussi cette culture et ses communicants journalistes n’ont de cesse d’associer depuis des années le personnel à cette culture et à la fierté d’y adhérer.
Dans ses offres d’emploi, caterpillar associe immédiatement  l’embauché potentiel à l’idéologie de l’entreprise:
« Caterpillar vous ouvre ses portes pour marquer l’avenir de votre empreinte  » dans  des publications montrant les prouesses destructrices de ses machines

Caterpillar est évidemment une « entreprise écolo », anticipatrice du capitalisme vert et équitable de demain:

« 2003. Caterpillar devient le premier motoriste à proposer une gamme complète de moteurs diesel propres, modèles 2004, totalement conformes et certifiés par l’EPA (agence américaine de protection de l’environnement). La technologie ACERT Caterpillar de réduction des émissions polluantes est destinée à respecter les normes EPA sans pour autant sacrifier les performances, la fiabilité et le rendement énergétique. »

Caterpillar est aussi,évidemment une entreprise responsable et citoyenne:

« Responsabilité sociale. En tant qu’entreprise, nous sommes fiers de la réputation de Caterpillar qui est connue pour faire la différence à travers le monde. Suite à la catastrophe du tsunami, Caterpillar et ses concessionnaires ont envoyé des machines, de l’argent et du personnel en Asie pour soutenir les efforts de secours et de reconstruction. Caterpillar est également fière d’être la source de subvention principale dans le cadre du projet « Great Rivers Partnership » de la fondation « The Nature Conservancy ». En outre, Caterpillar a une fois de plus rejoint le « Dow Jones Sustainability World Index ».
« Caterpillar accepte les responsabilités de la citoyenneté globale ».
Dans l’engagement de la compagnie au succès financier, le code dit qu’elle « doit également tenir compte des priorités sociales, économiques, politiques et environnementales. »

Sauf ,dans certains cas:
En effet, Caterpillar, en toute connaissance de cause et en violation de sa charte a vendu à l’armée israélienne des bulldozers « d9″, les-quels modifiés par elle ont causé morts, et destructions en Palestine:

« Rachel Corrie, une (pacifiste) Américaine (se plaçant devant lui pour le bloquer a été) assassinée de sang-froid par un soldat israélien mandaté par son gouvernement pour virer les Palestiniens de leurs maisons dans son bulldozer blindé fabriqué par CATERPILLAR ».
« la destruction systématique des maisons palestiniennes fait pour de bon retour au centre du conflit. Cela s’est produit dans le camp de réfugiés de Jenin, où les conducteurs indomptables des énormes bulldozers Caterpillar D-9 ont travaillé dur trois jours et nuits entiers à démolir plus de 300 maisons dans le camp archi-bondé, devenant par là les héros de l’invasion. Et cela se produit aujourd’hui quand Israël détruit des douzaines de maisons qui appartiennent aux familles des terroristes, une forme de punition collective qui est clairement un crime de guerre ».
[http://pagesperso-orange.fr/espace.freud/topos/politi/palestin/jeff5.htm.->xxx].

[http://www.ism-france.org/news/article.php?id=1909&type=analyse&lesujet=Démolitions%20de%20maisons.
->xxx].
La direction de caterpillar, contactée par de multiples associations a refusé d’arrêter ses ventes arguant ne pas avoir à connaître l’utilisation de son matériel.

Sur tous les plus grands chantiers dévastateurs du monde vivant, le leader mondial caterpillar exhibe ses féroces machines dans leur oeuvre de destruction massive de la nature.

La société caterpilar, par la sophistication de son matériel est une grande créatrice de chômage, dans le domaine des travaux publics.
Là où, hier, il fallait 20 terrassiers une machine suffit aujourd’hui.
C’est de ce « progrès », accepté par tous dans l’accomplissement du travail et sa mécanisation, que sont par un retour ironique du sort aujourd’hui victimes les cater plus que de la « crise  » à la mode.

Dans une société humaine organisée par et pour ses membres de façon raisonnée, utile et intelligente, pour ses besoins vitaux  réels, la société caterpillar et ses monstres n’auraient pas leur place.

Dans les appels récents, et notamment à Grenoble autour de cater, à la convergence des luttes, appels que je partage et auxquels je participerai, la priorité me semble-t-il n’est pas la gestion « au moins mal » pour nos vies de la crise  de leur système, mais sa remise en cause radicale.
Doit on, en signant nos contrats d’embauche nous sauvant de la misère, continuer à accepter que pour sauver notre peau il nous faille fermer les yeux sur le rôle final, potentiel ou immédiat, de ce que nous fabriquons.
Notre militantisme doit il nous amener à militer pour que cater, pour assurer le plein emploi à Grenoble, continue à fabriquer ses engins qui détruisent le terre et tuent loin de nos yeux pudiquement clos.
Dans la prison actuelle du « travailles ou meurs », l’épée de Damoclés du chômage et de la misère nous prive de toute liberté de critique et nous impose de signer des contrats contre-nature d’acceptation et de résignation.
Dans cette peur et cette acceptation, nos actions ne peuvent se limiter qu’à obtenir des barreaux dorés à nos cellules en remplacement des anciens rouillés et de faire semblant d’y voir une avancée.
« La peur c’est le corbeau penché sur le devoir.
C’est du papier monnaie contre du désespoir.
C’est de la dérision face à la misère noire.
C’est depuis le début le chantage du Pouvoir »; chantait Lavillier.

Si notre militantisme, par opportunisme, manque de courage et de réflexion globale, nous amène à exiger plus de travail, plus de pouvoir d’achat et  plus de consommation, alors nous sommes les porte-paroles de la société capitaliste et ses meilleurs alliés.
On comprends mieux, alors pourquoi la presse éprouve tant de sympathie pour les deux dernières grandes manifestations, aux revendications auxquelles  Bouygues et cie tout en faisant semblant du contraire, ne peuvent qu’adhérer.

(il y a des liens autour de caterpilar assez nombreux sur le net pour s’informer).

Sabazios.

[http://sabazios.unblog.fr/
->xxx]

 

Complémént 1:

La société de fabrication d’engins de construction, d’exploitation minière et forestière, Caterpillar a annoncé la suppression de 800 emplois dans ses usines de Peoria (Illinois) et de 700 autres dans son usine de Grenoble (France).
La société dispose d’une filiale armement qui fabrique des blindés pour les troupes britanniques, suédoises, norvégiennes, finlandaises, suisses et néerlandaises. En outre, elle produit les super-bulldozers blindés D9, livrés à l’armée israélienne pour raser les immeubles palestiniens dont un des habitants est soupçonné d’appartenir à la Résistance ; une forme de représailles contre des civils non-combattants qui constitue un crime de guerre au regard du droit international.
Son directeur, James Owen, préside un groupe de travail pour la promotion de la globalisation au sein de la très conservatrice association patronale Business Roundtable. Il avait été nommé par son ami George W. Bush au Conseil consultatif pour les négociations commerciales. Il a multiplié les bénéfices du groupes en organisant des délocalisations intérieures, c’est-à-dire en déplaçant ses usines à l’intérieur des États-Unis dans les États offrant le moins de protection sociale possible.
Les salaires et bonus de M. Owens se sont élevés à 17 millions de dollars en 2008, faisant de lui 181 patron le mieux payé au classement Forbes. Proche des Rockefeller et lui-même très influent, M. Owens est administrateur du Council on Foreign Relations, du Peterson Institute for International Economics et du World Resources Institute.
Bien qu’il ait fait campagne pour John McCain, John Owens s’est rapidement rapproché du président Barack Obama, originaire de l’Illinois. Juste avant sa prestation de serment, le président-élu est venu rassurer les salariés en se rendant à Peoria. Puis, le président a nommé John Owens au Conseil consultatif pour la reprise économique, présidé par l’ex-patron de la Réserve fédérale Paul Volcker.
Cependant, les ouvriers français n’ont pas eu droit aux mêmes égards. Ils ont séquestré quatre dirigeants du groupe, mardi 31 mars, pour les forcer à négocier les conditions des licenciements.

source:
http://www.voltairenet.org/article159518.html

 

Complémént 2:

“ « Implantée à Grenoble depuis 1961, Caterpillar (Grenoble – 2 315 salariés – CA 2001 : 483 058 Keuros), recevra une subvention de 560 000 euros du Conseil Général de l’Isère. En effet, le premier constructeur mondial d’engins de terrassement, va investir 17 millions d’euros dans un centre logistique au Versoud, dans la banlieue grenobloise. Cette plate-forme logistique, Caterpillar Logistics Services, devrait stocker, transformer et distribuer des composants à flux tendus pour les usines de Grenoble et Echirolles. Ce projet représente une véritable opportunité de développement et de consolidation du positionnement de Caterpillar France par rapport à la maison mère aux Etats Unis. »

source cci Grenoble avril 2003 ”

 

Complément 3:
ENTREPRISES RHONE-ALPES
Septembre 2005 – N° 1478

A LA UNE !
Grenoble : Caterpillar France creuse son sillon

« © DRCompétitivité, externalisation de certains services et composants, qualité totale, sécurité et environnement, respect des délais d’expédition, recentrage sur son cœur de métier : après six ans d’efforts, Caterpillar France SAS (Grenoble et Échirolles) voit sa stratégie récompensée. Au vu de ses ”bons résultats”, le groupe américain Caterpillar Inc, sa maison-mère, lui a confié la fabrication de pelles hydrauliques sur pneus, une activité jusqu’alors réalisée par une joint-venture, en Allemagne. Ce transfert, qui s’accompagne d’un investissement de 3,8 millions d’euros dans une nouvelle ligne d’assemblage, est loin d’être neutre pour Grenoble : ”L’arrivée de ces nouveaux produits, destinés au marché européen, devrait renforcer la stabilité du site, historiquement soumis aux fluctuations du dollar, puisque la majorité des produits actuels (70 % environ) sont livrés aux États-Unis”, précise-t-on chez Caterpillar France. La société, qui emploie 2 600 salariés, fabrique depuis 1961 des tracteurs et chargeuses à chaînes, de petites pelles hydrauliques, ainsi que des trains de roulements et composants. Avec environ 2 000 machines supplémentaires par an, l’activité devrait générer la création d’une centaine d’emplois dans le bassin grenoblois.  »

Source

http://www.brefonline.com/numeroERA_affichearticle.asp?idA=2440

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Sur le projet « center parcs » dans la région des Chambarans

Posté par admin le 16 février 2009

- 4 textes d’Henri Mora autour du projet « Center Parcs » dans la région des Chambarans
Ces articles sont téléchargeables en pdf sur le site de « pièces et main d’oeuvre » ici

 

La mauvaise saison

« Après un long hiver, le premier jour du printemps est le plus beau jour de l’année. »

Hans Siemsen(1), L’Histoire de mon frère, 1935

Lorsque nous nous promenions dans les bois, il n’était pas nécessaire de connaître le nom de chacun des arbres pour apprécier le moment que nous passions à vaguer, selon notre gré, au milieu des fûts. Ce moment chargé d’une sensation et d’une liberté toutes particulières témoigne, bel et bien, que la forêt se révélait l’objet d’émotions, qui contrairement à la marchandise ne suscitaient aucune envie de posséder, d’innover ou d’aménager. Immuable, elle régalait nos esprits et ainsi nous l’imaginions. Nous l’imaginions avec le vent s’engouffrant dans les feuilles et soulevant de temps à autre le parfum de bruyère et de girolles. Nous l’imaginions avec ses derniers promeneurs commentant, à la douce lumière cuivrée du soleil couchant, leur panier rempli. Nous l’imaginions et nous nous y voyions marcher à l’orée du bois, soulevant du pied les feuilles tombées au sol, notre ombre longiligne s’étendant jusqu’à la clairière avoisinante. Nous imaginions alors son odeur d’humus et ses bogues de châtaignes bâillantes couvrant le sol. Point de ramassage à la pelle, ni de souffleur bruyant, ici les bogues et les feuilles mortes nourrissaient la terre, la flore, la faune et les sylvains. Nous nous retrouvions au bord de l’étang, là où le pêcheur silencieux attendait le coup du soir ; là où, au loin, le bruit de la tronçonneuse s’était éteint, ce qui nous laissait alors entendre un cerf bramer au couchant tandis qu’à l’opposé un chasseur appelait son chien, la sonnaille autour du cou. Nous imaginions, l’inquiétante nuit et sa fraîcheur tombante, les grands arbres s’agiter et bruisser dans l’automne à peine installé…

Loin de toute modernisation perpétuelle et compulsive, obsessionnelle et addictive, le Chambaran n’offrait, jusque là, gracieusement que sa nature et ses paysages. Et en somme, nous l’appréciions pour cela. L’homme souvent intéressé à vouloir tirer profit de tout, n’avait su trouver ici presque aucun avantage. Le paysan dans son patois local qualifiait son terrain, peu propice à la culture, de champ bon à rien, qui aurait donné le nom à cette région. La forêt de Chambaran fût demeuré cette vaste étendue boisée ad vitae eternam, si de soucieuses notabilités n’avaient eu l’obsession de vouloir, à tout prix, valoriser ce territoire, en le transformant en marchandises. Après avoir proposé la construction de 70 éoliennes, puis celle d’un Centre de stockage de déchets ultimes pour y enfouir les ordures de l’ensemble du département et celles des départements voisins, ils souhaiteraient maintenant voir se construire dans le bois des Avenières, près de Roybon, un nouveau Center Parcs. Après l’automne vient l’hiver ; comme la pourriture succède à la maturité.

Henri Mora, 15 septembre 2008

(1) Menacé par les nazis, le journaliste socialiste allemand Hans Siemsen s’exila à Paris en 1933. Il fut interné au camp de concentration de Chambaran d’où il s’échappa en juin 1940, au cours de la débâcle de l’armée française devant l’avancée de l’armée d’occupation allemande.

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Les vérités qui dérangent parcourent des chemins difficiles

-De l’internement forcé à l’enfermement volontaire dans le Chambaran-

Dans leur histoire, les Chambarans ont abrité de nombreux et multiples « indésirables ». Tout le monde connaît ici la Résistance qui s’y organisa dès le mois de juillet 1940 : quelques valeureux dissidents et « indésirables » aux yeux du régime de Vichy y constituèrent un maquis(1). Mais très peu de personnes savent qu’en l’an III de la République, des « fanatiques » et des « prêtres réfractaires », selon l’agent national de la commune de Roybon, y préparaient la contre-révolution(2). Cet agent a probablement exagéré, et la situation ne fut sûrement pas aussi insurrectionnelle qu’il ne le laissa entendre. Bien qu’on célébra à Bressieux, non loin de Roybon, une messe en présence de quelque deux milles « fanatiques », en toute illégalité, il ne s’agissait ici que d’un attroupement de femmes qui alla sonner, par deux fois, l’angélus et, de quelques chants contre les prêtres constitutionnels. La mémoire reste néanmoins très sélective.

L’internement des « indésirables » durant la guerre 1939-40 dans le Chambaran est peu connu des historiens. Tal Bruttmann, chargé de mission auprès de la Commission d’enquête de la ville de Grenoble sur les spoliations des biens juifs, nous dit même : « on ignore tout de ces huit camps [Chambaran, Arandon, Saint-Savin, Vif, Roybon, Prémol, Vienne et Bourgoin] ayant existé durant cette première période de l’internement en Isère, notamment parce qu’il ne subsiste guère d’archives. Gérés par l’armée, leur fonctionnement demeure très largement étranger à la préfecture de l’Isère. De plus, en juin 1940, face à l’avancée allemande, préfecture et sous-préfectures du département ont procédé à la destruction des archives les plus sensibles, dont probablement celles traitant de l’internement. ». Nous pouvons toutefois penser que ce ne sont peut-être pas les seules raisons qui ont fait méconnaître l’histoire des Chambarans durant cette période d’internement forcé… Il y a certainement des faits honteux et gênants sur lesquels il fallait savoir se taire. En 1938, la IIIème République de Daladier décide, à titre préventif, d’enfermer dans les camps les étrangers « indésirables »(3), et notamment, à partir de la déclaration de guerre, les réfugiés allemands ; ceux qui avaient fui, dès 1933, le IIIème Reich d’Hitler. À partir de septembre 1939, jusqu’à sept cent cinquante ressortissants allemands et autrichiens(4) rempliront le « camp de concentration de Chambarand »(5) à l’intérieur même du camp militaire existant depuis 1881, près du village de Viriville(6). Beaucoup de juifs allemands et autrichiens furent conduits de Chambaran au camp d’Arandon non loin de Morestel toujours en Isère(7), qui fut, durant cette période, un des camps des plus durs. Le pacte germano-soviétique venait d’être conclu (le 23 août 1939) lorsque la France et la Grande–Bretagne déclarèrent la guerre à l’Allemagne (le 3 septembre 1939). Le Parti communiste français fut dissous (le 26 septembre 1939) pour allégeance à Moscou et propagande contre la « guerre impérialiste ». Du fait de l’accord entre Staline et Hitler, il était suspecté d’agir en intelligence avec l’ennemi allemand. Les communistes du PCF seront recherchés et internés en tant qu’« indésirables » français, comme le prévoyait la loi du 18 novembre 1939(8). Certains de ces « indésirables » français furent envoyés au camp d’internement de Roybon(9). Après la fermeture du camp de Roybon en 1940, beaucoup furent transférés dans celui de Fort-Barraux, près de Pontcharra(10). Bien des raisons, dont les pressions qu’ils subirent de la part de l’armée française, ont contraint des Algériens à s’engager à ses côtés durant la guerre d’Algérie. En 1962, considérés comme des traîtres dans leur pays, les Harkis durent s’exiler en France. Certains de ces « indésirables » se retrouvèrent à Roybon où deux camps furent mis à leur disposition afin qu’ils travaillent dans les forêts domaniales de Chambaran pour le service des eaux et forêts de l’Office national des forêts. Terre d’asile et de détention, les Chambarans deviendraient-ils aujourd’hui une région vouée au tourisme industriel ? Il semblerait que cela soit souhaité. Certains opposants au projet de la décharge ont cru voir une aubaine lorsqu’ils apprirent que cette forêt qu’ils avaient défendue contre le pire, devait accueillir un Center Parcs. Ils voyaient là l’épouvantail qui devait éloigner toutes leurs inquiétudes : la décharge ne pourrait exister si la région développait un tourisme de masse ! Il y a chez nos contemporains une manière très particulière de défendre leur opinion. Ils ne raisonnent plus en terme d’idées ou de volontés individuelles et collectives. Ils calculent et rationalisent selon la méthode du lobbying. C’est-à-dire qu’ils iront toujours dans le sens du pragmatisme et en fonction du « réalisme » le plus désastreux. Et ils sont prêts à renoncer à ceci pour peut-être ne pas avoir à supporter cela. Misérable époque !

Misérable époque où l’on considère, aussi paradoxal que cela paraisse, l’enfermement comme étant un refuge, une manière de passer le temps des vacances à l’abri de toutes craintes. L’enfermé n’est pas ici « l’indésirable » bien sûr, mais celui qui cherche à se protéger de ce dernier ; « l’indésirable » étant la société dans son ensemble, c’est-à-dire aussi l’autre, l’étranger, l’inconnu, vous, moi… ceux qui habitent ici dans les Chambarans et qui accueillent les bras ouverts ce Center Parcs. « Il faut s’imaginer dans une grande réserve d’animaux où les animaux c’est nous. […] Pas de voiture dans l’enceinte. Pour entrer et sortir, il faut montrer patte blanche. On est sur une autre planète et tout est fait ici pour être bien. Pas de tracasserie ; juste un porte-monnaie bien rempli », nous raconte un client du Center Parcs du lac d’Ailette. Le directeur marketing du Center Parcs des Bois Francs près de Verneuil-sur-Avre nous l’expliquait, il y a déjà quelques années : « nous proposons une succession de bulles. Le cottage, le confort d’un chez soi ; la bulle du paradis aquatique tropicale, chaude, sécurisante ; le domaine lui-même, clôturé. Dans ce monde bon enfant, sans violence, on baisse d’autant plus volontiers la garde que l’on côtoie des gens qui viennent habiter là en famille ». « Les enfants peuvent même aller faire les courses tout seuls » nous confirmait une responsable de ce même centre. Ce monde clos et rassurant offre l’occasion de renouer avec une existence familiale, si difficile à l’extérieur. Dans une société parcellaire et sans attaches, où il est de plus en plus impossible aux familles d’exister durablement dans une vie quotidienne morcelée par les obligations et l’urgence, entre le bureau ou la salle blanche, les transports, l’école et les multiples « activités extrascolaires » des enfants, la consommation et la culture de masse, les vacances assistées et son tourisme sans répit, il était nécessaire que le marché proposât à nos contemporains dépossédés de tout, un espace totalement modelé à l’écart de la vie réelle où ils peuvent consommer la représentation d’une manière de vivre harmonieusement en famille. Le Center Parcs nous offre cette « mise en fiction du monde témoignant des difficultés à conjuguer les vraies relations sociales » : « le vélo, les courses, tout baigne, comme dans la bulle tropicale. On joue à la famille parfaite, les parents sont attentifs, les enfants sympas…» Ici la vie est « entre parenthèse » nous dit l’anthropologue Marc Augé. Ces centres permettent à leurs clients de s’isoler, de se « retirer du jeu » nous dit le directeur commercial de Center Parcs… « La réalité est trop peu satisfaisante pour le Français : la vie artificiellement recréée est plus belle et plus sûre, estime le sociologue Gérard Mermet. L’engouement pour ces « paradis artificiels » démontre leur incapacité à se situer dans le monde dans lequel ils vivent.»(11)

Cette incapacité à se situer dans le monde dans lequel nous vivons est une caractéristique de notre effondrement social. Une société qui ne partage aucun projet commun, excepté celui de produire et consommer des marchandises, a besoin de se forger une idéologie basée essentiellement sur l’argent et le travail. Il lui fallait toutefois, jusqu’à présent, qu’elle se trouve une identité, des références historiques, une mémoire basées sur d’autres valeurs communes. À l’est, comme à l’ouest, l’histoire officielle glorifiait ses valeurs, mais aussi un passé qu’elle remodelait à sa convenance ; la mémoire reconnaissant certains événements et certaines situations plutôt que d’autres. Aujourd’hui, dans notre société marchande devenue globale et totalitaire, l’histoire officielle magnifie toujours un passé idéalisé ; mais elle ne cherche plus systématiquement à cacher cette vérité qui pouvait apparaître si subversive auparavant. Et puisque la réalité entache et contredit l’histoire officielle, la communication se consacrera à la couvrir d’un voile afin d’amoindrir ses effets néfastes. La vérité et la contre-vérité éclateront en soubresauts, par scoops successifs qui paradoxalement n’auront généralement que peu de conséquence dans le temps. Chaque scoop balayera le précédent, si bien qu’il restera dans la mémoire collective l’illusion que chacun détient une certaine vérité ; qu’aucune vérité n’est réellement tranchée ; qu’elle serait subjective. Mais peut-on se représenter une vérité, si la société ne la reconnaît pas comme telle ? Peut-on avoir raison si personne ne nous donne raison ? Dans leur folle solitude, nos contemporains se retrouvent sans aucun véritable repère face à leur présent dont ils ne savent plus quoi penser ; prêts à croire qu’une terre forestière chargée de son histoire et de son essence serait semblable à une zone touristique et artificielle. Prêts à admettre que pour protéger les Chambarans, il suffirait de les détruire.

Henri Mora, le 29 septembre 2008

(1) Cf. Le Bataillon de Chambaran de Pierre Deveaux ou encore le mémorial du maquis du Chambarand qui se trouve près du camp militaire et ancien camp d’internement. La Résistance est très souvent glorifiée. Toutefois on oublie souvent de penser que les résistants comptaient dans leurs rangs des membres et sympathisants nationalistes et royalistes comme par exemple les anciens comploteurs cagoulards qui, en partie, s’engagèrent, dès les premières heures, contre l’envahisseur étranger.

(2) « [...] le fanatisme augmente, l’indiscipline se propage, la contre-révolution se prépare, et bientôt cette commune isolée à l’aide des prêtres réfractaires deviendroit un second noyaux de la Vendée. » (Arch. dép. Isère)

(3) L’actualité révèle malheureusement que la République exige une nouvelle fois de rassembler certains « indésirables » étrangers. Une nouvelle fois des fonctionnaires établissent des fiches et des dossiers. Une nouvelle fois des gendarmes viennent chercher les « indésirables » jusqu’à la porte des écoles. Des directeurs d’écoles et de Centres régionaux des oeuvres universitaires et scolaires (CROUS) collaborent aujourd’hui à cette ignominie. Cette fois-ci, il s’agit d’envoyer ces nouveaux « indésirables » dans des centres de rétention et ensuite de les expulser. Cette manière d’agir est bien évidemment honteuse et criminelle.

(4) Le nombre des ressortissants nous est donné par l’ouvrage Les Barbelés de l’exil. Parmi ces exilés qui se retrouvèrent internés dans les Chambarans, il y eu Wilhelm Münzenberg, un des fondateurs du KPD (parti communiste allemand), un idéologue et un théoricien dans l’art de la propagande au sein du komintern durant l’entre-deux guerres. Personnage assez retors, il fut le chef d’orchestre du monde des « compagnons de route », ces intellectuels et artistes non communistes qui combattirent l’anticommunisme. Il est celui qui instrumentalisa l’affaire Sacco et Vanzetti contre les États-Unis et qui par conséquent causa la destruction du mouvement anarchiste américain. Münzenberg « inventa » l’antifascisme pour des raisons tactiques. Avec son Livre brun sur l’incendie du Reichstag et la terreur hitlérienne, il imposa au monde la version du complot nazi dans l’incendie du Reichstag du 27 février 1933. Expulsé du KPD et du komintern au moment des grandes purges staliniennes, on le retrouvera mort une corde autour du cou, au pied d’un chêne, le 17 octobre 1940 (selon le rapport de gendarmerie), dans le bois de Caugnet entre Saint-Antoine l’Abbaye et Montagne, près de Saint Marcellin. La mort de Münzenberg remontait probablement autour du 21 juin 1940, date de la fuite du camp de Chambaran favorisée par la débâcle de l’armée française devant l’avancée de l’armée d’occupation allemande.

(5) Ces termes étaient utilisés par un des fonctionnaires de la préfecture de l’Isère chargés des dossiers concernant les étrangers bénéficiaires du droit d’asile dans le camp de Chambaran. Notons que l’on écrivait dans ces années-là indifféremment Chambaran et Chambarand.

(6) Le camp de Chambaran accueille « tous les corps de la 5e Région militaire pour l’entraînement et les exercices de tir : régiments professionnalisés y compris gendarmes et CRS » (Histoire des communes de l’Isère – 1988).

(7) Cf. Et ils partirent pour la guerre de David Vogel. Selon ce roman autobiographique, 400 juifs autrichiens et allemands furent conduits du camp de Chambaran au camp d’Arandon où se trouvait l’auteur à ce moment là.

(8) Lire, sur le site http://www.dordogne-perigord.com/fr/histoire_culture_tradition/histoire/sablou/sablou14.asp, l’article sur la Situation du Parti communiste français en 1939 écrit à partir de la thèse de 3ème cycle soutenue par Guillaume Bourgeois en 1983 : Communistes et anticommunistes pendant la drôle de guerre.

(9) Ce fut le cas de Nestor Calonne qui, selon le Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Français (1789-1939) de Jean Maîtron, fut interné au camp de Roybon. Nestor Calonne deviendra sénateur peu après la guerre et le restera jusqu’en 1958.

(10) Selon différents dossiers les « indésirables » français affectés à la 5ème Compagnie Spéciale de Travailleurs Militaires, plusieurs internés partirent de Roybon le 2 juin 1940 pour Saint Vincent-les-Forts, puis à Luitel pour ensuite rejoindre le camp d’internement de Fort-Barraux le 15 août 1940. Le camp d’internement de Fort-Barraux fut dirigé à partir d’octobre 1943 par le très zélé François Risterucci, qui sera le dernier condamné à mort pour faits de collaboration et sera exécuté le 29 décembre 1946 dans l’Isère.

(11) Les citations de ce paragraphe sont pour la plupart tirées de l’article Les « mondes artificiels » attirent toujours plus de vacanciers de Pascale Krémer paru dans le journal Le Monde du 22-23 décembre 1996, et de l’article Ces lieux où le réel copie la fiction – Un ethnologue à Center Parcs de Marc Augé paru dans le journal Le Monde diplomatique du mois d’août 1996. La citation du client du Center Parcs du domaine du lac d’Ailette est tiré de la page : http://www.ciao.fr/Center_Parcs_domaine_du_lac_d_Ailette__Avis_1017562

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Des ordures dans un couloir

Il n’est pas fréquent qu’un conflit donne raison aux opposants à un projet d’intérêt public. Et lorsque nous considérons la contestation qui s’est maintenue sans répit durant 15 années contre la décharge d’Izeaux, nous pouvons prétendre que la victoire sourit aux audacieux et aux obstinés. À partir de février 1989 – date à laquelle la préfecture autorisait la société Lély et fils à exploiter à Izeaux un Centre d’enfouissement technique (CET)(1) de classe 2 – l’opposition locale n’a plus baissé sa garde : elle séquestra durant toute une nuit le Conseil municipal d’Izeaux. Elle détourna la circulation automobile sur le site des carrières. Elle bloqua les accès à un rond-point, immobilisa plusieurs TGV, occupa le site et empêcha l’entrée des camions à ordures. Elle manifesta sur place et à Grenoble tandis qu’elle entamait une bataille juridique avec l’exploitant(2). Le préfet de l’Isère est allé jusqu’à dire : « À Izeaux on se heurtait à un problème insoluble, qui provoquait de surcroît des troubles à l’ordre public, des conflits tel que la sécurité des personnes n’était pas assurée. » (Le Dauphiné libéré du 5 octobre 2005)(3). Mais les discours des hauts fonctionnaires ne sont que des masques qu’ils appliquent sur leurs actions. Si le préfet de l’Isère a décidé de reconnaître une défaite, c’est qu’il avait un autre lapin dans son chapeau. Il fallait diluer les responsabilités et impliquer les « acteurs locaux » pour proposer un autre site. L’ordre venait des ministères. Madame Nelly Olin et Monsieur Nicolas Sarkozy, respectivement Ministre de l’écologie et du développement durable et Ministre de l’intérieur et de l’aménagement du territoire, avaient adressé une lettre datée du 16 septembre 2005, à Monsieur Michel Bart, préfet de l’Isère, dans laquelle il était dit :

« Depuis une quinzaine d’années, l’exploitation de la décharge d’Izeaux, autorisée en 1989, s’est heurtée à de très nombreuses difficultés qui ont suscité d’importants problèmes d’ordre public et qui en ont interdit l’exploitation normale. « […] De l’analyse d’ensemble à laquelle il a été à nouveau procédé de cette affaire, il ressort que la recherche, la création et l’exploitation d’un nouveau centre de stockage sur un ou plusieurs nouveaux sites, ne suscitant pas les mêmes interrogations d’environnement pourraient seules permettre de résoudre ces difficultés. « […] une solution alternative à la décharge d’Izeaux doit être trouvée dans un délai rapide, et au plus tard dans les six mois à venir, de façon à permettre ensuite l’instruction de la nouvelle autorisation et la réalisation du centre de déchets dans 2 ans. « […] Bien entendu, le ou les établissements publics compétents susceptibles d’intervenir ne le feront que si ce concours est demandé par les acteurs locaux, dont notamment le Conseil général de l’Isère. Le cas échéant, si d’autres questions le justifiaient, le ou les services de l’État compétents pourraient être sollicités dans les mêmes conditions. »(4) Une copie de cette lettre fut adressée à Monsieur André Vallini, Président du Conseil général de l’Isère.

Qui voudrait d’une décharge devant chez lui ? Personne évidemment ! Seuls ceux qui ont un intérêt dans cette affaire, et ceux qui ont la responsabilité de la gestion des déchets, les exploitants et les administrateurs au sens large, avanceront qu’il faut sacrifier un territoire pour l’intérêt de tous et celui de l’environnement. Selon le dire des décideurs, nous produisons tous des déchets qu’il convient de traiter et d’enfouir. L’intérêt de la communauté passe, ainsi, avant celui des quelques malheureux qui auront à supporter directement les méfaits de ces nouvelles décharges ; leur soumission dépendant de leur manque de détermination et de leur faiblesse à manifester leur opposition. Pour mener à bien ce dossier, les autorités devaient donc proposer une alternative qui tienne compte de ces différents éléments. Il fallait encore qu’elles se trouvent des alliés et proposent un emplacement assez retiré. « Monsieur le Maire [de Roybon, monsieur Marcel Bachasson] rappelle et précise […] qu’il a été informé officiellement par monsieur le Préfet en juillet 2006 que l’État et le Conseil général étaient conjointement à la recherche (autorisation préfectorale mais compétence départementale) d’une solution alternative à la décharge d’Izeaux (site fermé en cours de démantèlement) [ ; ] que dans le cadre du Plan Départemental d’Élimination des Déchets, un comité de pilotage associant Monsieur le Préfet, la Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature (FRAPNA)(5), le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), la Direction Départementale de l’Agriculture (DDA) … était chargé de cette recherche et que les premières études laissaient entrevoir une possibilité d’implantation sur 7 sites en Isère, dont 3 sur la commune de Roybon »(6). Roybon se trouve en effet loin de tout axe routier et ferroviaire et loin de toute concentration urbaine. Les probables opposants ne peuvent être que peu nombreux et ne pourront pas mener les mêmes actions que les opposants à la décharge d’Izeaux : pas de TGV ni de grands axes routiers à bloquer ! Le maire de Roybon ne vit pas alors d’un mauvais œil ce projet dans sa commune : « …l’implantation d’un tel centre représenterait pour la commune une rentrée supplémentaire de taxes et des aides diverses substantielles pour la réalisation de nos projets. »(7). Le maire de Roybon et la FRAPNA n’avaient à ce moment là, apparemment, que très peu d’objections à cette décharge. Il leur suffisait qu’elle soit aux normes, que les eaux souterraines soient protégées et que les déchets soient sous contrôle. Le vent a tourné lorsque le Conseil municipal « a constaté l’opposition marquée d’une grande majorité des maires des communes environnantes et celle de la plupart des associations de défense de l’environnement » (http://pagesperso-orange.fr/mairie-roybon/Centre%20Stockage.htm). Voyant la colère des maires des communes avoisinantes qui, contrairement à elle, n’avaient rien à espérer de ce projet si ce n’est les nuisances, et voyant l’opposition s’organiser, la municipalité de Roybon fit volte-face et rejoignit cette opposition, donnant finalement le 24 janvier 2007 un avis défavorable au projet d’implantation d’une décharge sur sa commune. Actuellement une opposition ne paraît recevable que si elle fait des propositions et si elle explique en quoi le projet en question n’est pas acceptable dans le cadre d’une gestion de la société actuelle. On ne pourra sûrement pas condamner un projet pour la seule raison évidente que personne ne souhaite avoir devant ou à côté de chez soi une montagne de déchets, fussent-ils ultimes ou non dangereux, ainsi que la valse incessante des camions que cela engendre. La société industrielle est grande productrice de déchets. De par sa nature même, nous savons qu’elle ne se maintient qu’en produisant toujours davantage, dans une fuite en avant. Par conséquent nous savons qu’elle engendrera toujours plus de déchets. Malgré cela, il semble impossible de la dénoncer en tant que telle. On dira plutôt qu’il faut trier et recycler les déchets et en réduire la quantité(8). On cherchera à formater les enfants à l’école dès leur plus jeune âge, espérant ainsi que les progénitures, nouveaux chiens de garde éco-citoyens, sauront éduquer les parents encore rétifs devant l’organisation si complexe qu’on leur demande de mettre en place chez eux et dans leur poubelle. On cherchera une nappe d’eau, une espèce végétale ou animale rare qu’il faudra à tout prix protéger et qui justifiera l’annulation du projet.(9) L’opposition s’est bien sûr structurée. Un collectif de 18 communes s’est constitué fin décembre 2006, contre ce projet en Chambaran. Une pétition sur le site http://www.sosdechets.org/ compte de nombreuses signatures. Pour protester contre cette décharge, les habitants du petit village de Brion ont boycotté les élections législatives. Ce dimanche 10 mars 2007, aucun électeur de la commune de Brion n’est passé par l’isoloir. L’urne est restée vide(10). Le Président du Conseil général, monsieur André Vallini chargé par le préfet et les ministres de trouver et proposer un nouveau site et qui, jusqu’alors, n’avait émis aucun avis défavorable sur le site de Roybon, se prononce clairement contre ce projet. Il adresse un courrier le 21 mai 2007 au préfet de l’Isère dans lequel il déclare : « Je suis attaché à la forêt des Chambarans et à cette région dont il faut à la fois préserver le cadre naturel et développer l’attractivité touristique [c’est moi qui souligne], et je vous demande donc de faire examiner par vos services en toute transparence des solutions de stockage des déchets dans les zones industrielles productrices de ces déchets et bien connectées aux infrastructures routières. »(11) C’est peu dire qu’un nouveau projet était en train de naître dans l’esprit de notre élu chargé de l’administration du département. Une véritable politique départementale visant à recycler et à refaçonner un territoire vierge de tout grand aménagement venait de surgir. La presse locale nous apprenait le 15 décembre 2007 que le président du groupe Pierre et Vacances avait écrit officiellement à André Vallini pour lui annoncer que le cinquième Center Parcs de France allait s’implanter dans les Chambarans, à Roybon. Beaucoup se sont réjouis d’apprendre que l’on voulait développer le tourisme dans les Chambarans. Tout d’abord Monsieur Marcel Bachasson, maire de Roybon, toujours alléché par la nouvelle manne que représenteraient les taxes liées au permis de construire, la taxe foncière, la taxe professionnelle et les autres taxes de séjour, se félicite et « mesure à quel point 3500 ha de forêts vont être utiles ». Selon Jean-Michel Revol (conseiller général de Saint Marcellin), « c’est un plus pour la vitalité de nos territoires ». Et selon René Vette (conseiller général du canton de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs)(12), « ça va créer un couloir touristique important ». Comment peut-on se flatter de vivre dans un couloir touristique important ?

Le projet de décharge n’a toujours pas été abandonné. Certains, avec André Vallini espèrent jouer la carte du tourisme industriel contre celle des ordures industrielles. Pour l’instant les deux projets sont d’actualité. Les riverains se sont manifestés contre la décharge. Personne ou presque ne s’est déclaré publiquement contre le Center Parcs. Peut-être pense-t-on que les nuisances seraient moindres ? Quant à moi, je souhaite pour les Chambarans avec, je l’espère, ceux qui les aiment pour ce qu’ils sont, ne jamais savoir ce que préserver le cadre naturel veut dire dans la bouche de l’aménageur de couloir touristique.

Henri Mora, le 13 octobre 2008

(1) L’appellation a évolué avec la réglementation. Le Centre d’enfouissement technique (CET) de classe 2 est devenu le Centre de stockage de déchets ultimes (CSDU) de classe 2. Suite à l’arrêté du 19 janvier 2006, les CSDU de classe 2 sont désormais appelés Installations de stockage de déchets non dangereux (ISDND) de classe 2.

(2) Cf. l’histoire chronologique de cette opposition sur le site : http://comitedizeaux.free.fr

(3) « La décharge d’Izeaux n’aura jamais vraiment tourné, juste quelques dépôts par-ci, par-là, très sporadiques. À peine les camions de la Société Lély se présentaient-ils sur le site pour y larguer quelques tonnes de déchets ultimes qu’une armada de manifestants bloquait les entrées… et parfois les sorties », concluait le journaliste du Dauphiné libéré du 5 octobre 2005 qui annonçait la fermeture de la décharge. « Les échauffourées durent depuis quinze ans entre opposants, exploitants et gendarmes » ajoutait-il.

(4) http://sosdechets.net/IMG/pdf/Letttre_Sarkosy.pdf. La plupart des documents concernant le projet de décharge de Roybon est consultable sur le site de SOS Déchets (http://www.sosdechets.net).

(5) Totalement intégrée au pouvoir de décision, la FRAPNA reconnaît avoir « travaillé [au sein du comité de pilotage] avec le Bureau de Recherches Géologiques et Minières pour la recherche d’un site sur des critères très restrictifs, de façon à ne pas répéter la même erreur que le choix d’Izeaux (décharge sur une nappe phréatique) » (Isère Nature de septembre 2006).

(6) Extrait du compte rendu de la réunion du Conseil municipal du 20 octobre 2006 (http://pagesperso-orange.fr/mairie-roybon/Centre%20Stockage.htm)

(7) Les membres du Conseil ajoutaient dans leur compte rendu de réunion qu’ils restaient ouverts à la négociation sous conditions : le Conseil se prononcerait favorablement si « des contreparties financières sont données, permettant à la commune de faire face à son développement, avec notamment des aides accrues au financement de certaines réalisations nécessaires, en évitant d’accroître la fiscalité (gymnase des Collèges, déversoir au lac, requalification de la zone de loisirs, mise aux normes des voiries communales, aménagement de la salle des fêtes… de la mairie, des entrées du village, aménagement de la traversée du village et des places, chaufferie bois, mise aux normes de certaines voies départementale si le trafic le nécessite…) et inscription de projets départementaux ou nationaux d’établissements sanitaires demandés par la commune (établissement pour handicapés, établissement pour personnes âgées dépendantes), aménagement de l’hôpital, blanchisserie… » (http://pagesperso-orange.fr/mairie-roybon/Centre%20Stockage.htm). Sans vergogne, ils affichèrent ainsi le prix de leur abnégation.

(8) On demande à chacun de réduire ses déchets. Mais on sait que la plupart de nos ordures ménagères sont constituées d’emballages et de contenants : cartons, boîtes de conserve, papiers, plastiques de toute sortes, bouteilles, etc. Ces emballages et ces contenants doivent leur existence au seul fait que les marchandises sont conditionnées par l’industrie, pour le transport et la grande distribution… L’organisation industrielle du traitement de nos ordures ménagères est une vaste tromperie. Les centres de stockage des ordures ménagères ou d’incinération, les services de tri des déchets et les industriels de leur valorisation dépendent essentiellement de la quantité d’ordures qu’ils auront à traiter. Ils ont tout intérêt à ce que nous en produisions davantage. Leur environnementalisme n’est qu’un argument commercial. Avant que l’environnement ne soit devenu la bonne et fausse conscience de notre monde, ne pouvions-nous pas lire sur les conteneurs et les camions de la société Lély environnement actuelle, l’enseigne Evac-ordures ? Il est pourtant indéniable que cette société s’emploie davantage aux ordures qu’à l’environnement. Jaunes, verts ou bleus, les conteneurs à la disposition des éco-citoyens, disséminés un peu partout sur les places, les parkings et le long des rues, sont autant de verrues qui enlaidissent nos villes et nos villages. Mais n’est-ce point ici le moindre des griefs que l’on puisse formuler contre le recyclage ? La valorisation des déchets est essentiellement critiquable de par le fait qu’elle devienne marchande et technicienne. Par conséquent son objectif sera purement commercial et technique : pour un problème donné, on cherchera immédiatement une solution technique que l’on voudra commercialiser sans se préoccuper du problème social, humain et même environnemental, dans son sens le plus large. Parfois ces solutions techniques sont précipitées et ne répondent pas tout à fait aux attentes escomptées pour le long terme. L’important est avant tout d’innover afin d’ouvrir une nouvelle niche commerciale avant la concurrence. Les bouteilles plastiques, pour certaines des bouteilles d’eau minérale que l’on consomme parce que les nappes phréatiques sont polluées par les nitrates et les pesticides agricoles, sont recyclées pour devenir de la « laine polaire » qui deviendra impossible à recycler de nouveau. Le recyclage du papier désencré et blanchi au chlore (et oui !) donne des fibres de papier plus courtes et un papier de moins bonne qualité (ce qui ne permet qu’une dizaine de recyclages successifs, grand maximum). Le recyclage du verre pose aussi des problèmes car il est lourd et nécessite donc beaucoup de carburant pour son transport. Il faut le fondre à 1550°C pour le recycler, ce qui demande une grande consommation d’énergie. Il n’y a pas si longtemps les bouteilles en verre étaient consignées. Les industriels ont préféré ne plus organiser ce système de consignes jugé non rentable d’un point de vue commercial.

(9) L’ensemble de la « biodiversité » est menacé. On voudrait nous faire porter la responsabilité de cette catastrophe et nous montrer du doigt en nous demandant de réduire notre « empreinte écologique » alors même qu’on nous explique qu’il faut travailler plus et produire encore plus. Les contradictions de la société industrielle sont flagrantes. La disparition des espèces est bien plus dépendante de la dévastation et du morcellement des territoires que d’autre chose. Qui décide de construire une décharge ou un Center Parcs, avec toutes les conséquences que cela implique, dans un territoire vierge de tout grand aménagement sait qu’il réduira le territoire de toutes les espèces présentes. Il sait aussi qu’il participera par conséquent à leur extinction dans ce territoire dans un premier temps, et qu’il contribuera, à terme et en général, à l’appauvrissement de la diversité des espèces. Il ne faut pas crier au loup, après l’avoir invité à entrer dans la bergerie.

(10) Cf. Le Dauphiné Libéré du 11 juin 2007.

(11) Cf. document sur http://www.sosdechets.org/

(12) http://sillon38.com/blog/2007/12/17/roybon-heureux-elu-de-pierre-et-vacances/

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Quand on ne cesse de nous dire qu’il n’y a rien à faire, on finit par avaler sa salive

Le monde étant devenu une vaste galerie marchande, il était difficile de penser que les Chambarans pussent passer entre les mailles du filet à provisions. Les lois du marché auront finalement imposé la raison d’être d’un nouveau Center Parcs, dans le bois des Avenières, à Roybon, avec ses bungalows, son équipement aqualudique sous cloche et ses loisirs préfabriqués. On nous annonce toujours les bienfaits des projets proposés. Leurs laudateurs s’abstiennent de nous dire de quoi nous priveront-ils. Ici, il s’agit de 150 ha, et vraisemblablement davantage, qui seront retirés de la libre circulation des promeneurs, des cueilleurs, et des sylvains. La pratique de la chasse y sera naturellement interdite. Probablement d’autres conséquences sont à craindre ; les inconvénients ne sont pas toujours faciles à qualifier et à quantifier a priori. En revanche il est indéniable que la vie et les paysages que nous connaissons aujourd’hui, ne seront plus. Les résultats du tourisme de masse sur le littoral méditerranéen, ou encore dans nos montagnes, témoignent de la désastreuse évolution à laquelle nous pouvons nous attendre.

Le 15 décembre 2007, nous apprenions par la presse locale(1) que la société Pierre et Vacances avait choisi la commune de Roybon pour construire un nouveau Center Parcs. Gérard Brémond, président de Pierre et Vacances confirma l’intention du groupe de bâtir ce cinquième complexe en France. Gérard Brémond est considéré comme un pionnier dans le domaine de la réalisation de stations de ski. Il est le premier à avoir développé le principe de la station sans voitures, en 1967 à Avoriaz. Un écologiste avant l’heure, penseront certains. Il est celui qui a développé, dans les années 1980, le concept de « nouvelle propriété » : son groupe fait construire des résidences touristiques qu’il revend ensuite à des particuliers qui bénéficieront de quelques avantages fiscaux. Le nouveau propriétaire loue ensuite son bien au groupe Pierre et Vacances qui est chargé de trouver les locataires. Le groupe Pierre et Vacances fut introduit en Bourse en 1999 ; son chiffre d’affaire annuel étant de plus de 1,5 milliard d’euros, en 2007. En 2005, le groupe Pierre et Vacances rédigea avec la fondation mondiale de protection de la nature WWF, une charte environnementale. Toute la presse adule ce personnage qui, parti de presque rien, se retrouve en Europe, à la tête d’un empire dans le domaine de l’immobilier et du tourisme blanc et vert, respectueux de l’environnement. Il est un symbole de la réussite écolo-libérale. Sur le terrain, Avoriaz n’enchante vraiment pas tout le monde. Cette station se trouve à 1800 m d’altitude sur le territoire de la commune de Morzine en Haute-Savoie. Elle est effectivement interdite aux voitures ; on s’y déplace à pied ou en traîneau à cheval. Située au centre du domaine des portes du soleil qui compte 14 stations, elle permet aujourd’hui de skier sur un domaine de 650 km de pistes. Chacun pourra imaginer ce que cela signifie : les routes conséquentes et leurs bouchons, les immenses parkings aux abords de la station qui permettent d’accueillir 2500 véhicules, la multitude de remontées mécaniques dont la dizaine de télésièges débrayables débitant 3000 skieurs chacun par heure vers le haut des pistes ; mais aussi le remodelage, le dynamitage, les terrassements et le bétonnage de la montagne qu’impose chaque projet d’extension. Une véritable horreur qui s’est développée à l’ensemble du massif alpin ! On a ainsi offert la montagne aux investisseurs et aux touristes. Les premiers s’enrichissent tandis que les seconds s’adaptent en masse aux modes et consomment selon les saisons. La forêt avait échappé à cette frénésie. Gérard Brémond l’a désormais fait entrer dans la cour des grands.

« La Drôme et l’Isère étaient en compétition pour accueillir l’équipement » pouvait-on lire dans Le Dauphiné libéré du 15 décembre 2007. L’enjeu est en effet de taille : « […], les équipements de loisirs – centre aqualudique, restaurants, commerces, activités sportives… – occuperont la surface de 30 000 m². L’ensemble sera entouré d’aménagements paysagers et 1000 maisons. » Mille maisons ! Les quelque quatre mille sept cents personnes(2) présentes continuellement sur le site ne manqueront certainement pas de poser des problèmes dans ce village qui ne compte guère plus de mille quatre cents âmes aujourd’hui. Pourtant, selon les élus, ce projet serait de l’eau bénite : « Si le projet voit le jour, cela profitera à l’ensemble des territoires des Chambarans, du Sud Grésivaudan et de la Bièvre, notamment en terme d’emplois »(3) s’enthousiasme André Vallini, président du Conseil général de l’Isère. Marcel Bachasson, maire de Roybon et conseiller général, s’enflamme aussi : « Avec la présence de près de 4000 vacanciers par semaine, cette implantation va également générer un volume d’achats de près de 12 millions d’euros par an et forcément engendrer de nombreuses retombées pour l’économie locale. On ne pouvait rêver mieux »(4). Un dossier réalisé en 2002 par les services du Conseil général du Territoire de Belfort, pour un projet de Center Parcs dans ce département(5), avançait des propos beaucoup moins exaltants : « Il est manifeste que la concentration dans quelques régions de la majeure partie de l’activité touristique a contribué à transformer totalement celles-ci, qui certes en vivent, mais ont vu en contrepartie disparaître une partie de leurs caractéristiques propres. »(6) Dans ce dossier qui concernait la construction d’un Center Parcs bien plus petit que celui qui est en projet pour Roybon, on s’inquiétait de certaines conséquences : « La question de l’eau, pour un équipement de type Center Parcs est bien évidemment fondamentale. Au-delà de la consommation journalière d’une population d’environ 3000 personnes, soit une petite ville, et de 500 employés, l’ensemble des loisirs aquatiques, en particulier ceux localisés sous la bulle tropicale, en dépit des efforts de recyclage, nécessite des apports journaliers importants. » « On estime, sur la base des constats effectués sur les sites existants, qu’un site Center Parcs représente une consommation quotidienne de l’ordre de 650 m³ d’eau .» Chacun pourra apprécier et méditer en se souvenant peut-être de la campagne de sensibilisation Je sauve une goutte, organisée il y a une quinzaine d’années par le Conseil général de l’Isère. Les services du Conseil général du Territoire de Belfort qui craignaient un impact notable sur la circulation du gros gibier, et sur les lieux de repos des oiseaux migrateurs, ajoutaient dans ce même dossier : « la présence en permanence sur le site d’environ 3500 personnes ne peut pas ne pas avoir un impact fort ; de fait chacun des sites évolue d’un statut purement forestier à une forêt de type périurbain »(7). La question de la circulation et du stationnement engendrée par un Center Parcs est aussi une question préoccupante pour les habitants des communes riveraines, comme pour ceux qui appréciaient cette forêt à l’écart des routes à circulation. Dans les Chambarans, il s’agirait d’un trafic de l’ordre de deux mille véhicules qui se croiseraient lors des rotations, sans compter les véhicules des salariés. Les petites routes de campagne existantes seraient élargies ou encore aménagées en routes à circulation ; des ronds-points apparaîtraient aux intersections. Des parkings seraient construits, non seulement à l’entrée de Center Parcs, mais aussi ailleurs. Ces nouvelles infrastructures routières, mais aussi l’assainissement et le traitement des ordures du site, comparables à ceux d’une ville de près de cinq mille habitants, seraient pris en charge soit par le Conseil général, soit par la communauté de communes, c’est-à-dire qu’ils seraient payés par le contribuable. Il semblerait que cela déplaise. Mais seraient-ils seulement à la charge de Gérard Brémond ou du touriste qu’ils ne seraient pas plus enviables.

Nous ne pouvons pas accepter moralement de travailler à n’importe quel prix, contre notre conscience(8). Les élus, à l’esprit comptable et intéressé, chantent les louanges du nombre d’emplois créés, du volume d’achats et de toutes les taxes qui seraient engendrés par un Center Parcs à Roybon. Selon les panégyristes de l’argent et du travail à la Shadok, la destruction des Chambarans, les nuisances à supporter et la soumission des riverains à de nouvelles conditions de vie ne devraient pas peser sur la balance des décisions. Les mécontents finiront-ils par accepter l’idée qu’il ne s’agit là que d’un problème comptable et qu’il leur faudra, malgré tout, avaler leur colère et vendre leur âme au démon ?

Henri Mora, le 27 octobre 2008

(1) Le Dauphiné Libéré du 15 décembre 2007. Selon le communiqué de presse du 17 décembre 2007, du Conseil général de l’Isère : « Pierre et Vacances envisage de consacrer l’année 2008 aux procédures administratives, de débuter les travaux fin 2009 et d’ouvrir le parc au printemps 2012. ». Nous apprenions donc, à la mi-décembre, les intentions de nos décideurs. Mais ceux qui connaissaient le bois des Avenières avaient pu remarquer les mois précédents (septembre, octobre et novembre 2007), l’abattage de nombreux arbres formant une allée de plusieurs centaines de mètres à l’intérieur même du domaine envisagé. Aujourd’hui cette allée est devenue carrossable… Monsieur Marcel Bachasson, maire de Roybon, se serait-il joué de la transparence et des procédures officielles ?

(2) Selon les estimations des professionnels et en reprenant leur jargon, les 1000 bungalows représentent 5000 lits qui, selon le taux de remplissage annoncé, permettront d’accueillir en moyenne par semaine 4000 touristes. 700 salariés seront présents sur le site pour les recevoir.

(3) Le Dauphiné Libéré du 15 décembre 2007. (4) Isère Magazine, février 2008. (5) Ce projet a depuis été abandonné. (6)Consultation de la population du 15 décembre 2002 – Implantation de Center Parcs. Ce dossier n’est plus consultable sur Internet. Je le tiens à votre disposition. (7) Ibid. (8) Les riverains ne peuvent pas, non plus, accepter moralement de vendre les terrains utiles à ce projet, s’ils ont conscience de ce qui adviendrait.

Correspondance : george.bowling@laposte.net

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