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De l’implantation d’un Center Parcs en Isère et du choix imposé entre une forêt et sa vie sauvage, et une usine à loisirs

Posté par admin le 29 juin 2009

 

De l’implantation d’un Center Parcs en Isère et du choix imposé entre

 

une forêt et sa vie sauvage, et une usine à loisirs

 

 

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 Isérois et amoureux de la forêt et de la vie sauvage qu’elle abrite, je déteste l’idée qu’un marchand de loisirs ultra-rentables à la mode vienne, après avoir utilisé toutes les aides de l’état et de la région possibles, massacrer une forêt et en déposséder les riverains et promeneurs traditionnels, attachés à ce qu’elle représente de beauté gratuite, de calme, de sérénité, de poésie, de liberté, de surprises, d’émotions ou de nourriture. Dans le consensus apparent sur l’installation de ce dernier, je ne  vois pas une approbation massive et réfléchie de la population locale, mais le résultat d’une désinformation savante et de chantages à l’expansion économique par le tourisme et à ses emplois attachés. Dans un souci d’information plus libre et réfléchie, je souhaite tenter de remettre les choses à leur juste place, nos responsables locaux me paraissant pour le moins plutôt aveuglés par leurs rêves d’expansion possible de la région.

 

 

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La société Center Parc

Une des « marques » phare du groupe « Pierre et Vacances », entreprise capitaliste moderne, aux méthodes de gestion d’un opportunisme scientifique. « Pierre et Vacances » c’est le « capital sans risque » et à très grande rentabilité. Grande adepte du pillage des ressources naturelles, financières et humaines des régions sur lesquelles elle jette son dévolu, cette structure est passée maîtresse dans l’art de l’utilisation maximale de toutes les aides que peuvent lui verser l’état, les régions et autres municipalités. Ce leader reconnu dans l’art de faire payer par la communauté et des investisseurs privés alléchés par des campagnes de communication sophistiquées, ses frais d’installation et de fonctionnement est aussi précurseur dans l’art du mensonge écologiste moderne, le nouveau capitalisme vert, dont il a, avec l’appui peu regardant du WWF, été un des premiers à découvrir et faire prospérer la très juteuse rentabilité. Prospérant sur la misère sociale, cette société aux arguments de communication élaborés a aussi l’art de s’auto-proclamer sauveteuse et créatrice d’emplois, pour imposer insidieusement ses nuisances en spéculant sur la peur du chômage et le leurre de travail intéressant créé, qu’elle oublie de définir et quantifier clairement. La crise et la peur de l’avenir sont là et la population angoissée et fragilisée est mure pour se vendre à n’importe quel importateur de promesse de richesses touristiques, de revitalisation de villages, de sauvetage de petits commerces et de créations d’emplois.

 

 

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Ses parcs de loisirs

Ce sont des usines à parquer le touriste, véritables monstres dévoreurs d’espaces encore un peu sauvages, libres et gratuits, pour lesquels les autorités, après en avoir accepté en notre nom notre dépossession, vont devoir créer des infrastructures, notamment de transports et d’assainissement, colossales non justifiées jusque-là. Ce sont des routes et autres usines à transport dont la finalité n’est que les déplacement de touristes vers ces temples modernes de consommation compulsive et obéissante.
C’est l’hyper-activité stérile et payante, mais en définitive passive en lieu et place de la détente, du repos, de la découverte humble et de la contemplation gratuite. C’est l’infantilisation et l’ aliénation de leurs clients et des populations environnantes transformés en gogos décervelés dépensiers. C’est la société marchande entrant en force dans l’espace de liberté du temps arraché au travail. Ce sont des loisirs à la chaîne, de la « multi-activité », avec en pivot central, « l’aqua-mundo » sorte de gigantesque piscine avec ses saunas, solariums et autres fabriques de vagues artificielles,  en permanence bondé et dévoreur inutile d’énergie.  C’est  aussi  » le paradis subtropical », pâle et stupide illusion de nature sauvage, avec déplacements et mises sous cloche d’espèces tropicales non viables dans nos régions et nécessitant un entretien coûteux et gourmand en énergie (gestion de la température, du taux d’hygrométrie, et renouvellements réguliers).
Et cela, en lieu et place de points d’eau, faune, et flore existant, adaptés, autonomes et …. gratuits.
C’est le début de la fin de la vie sauvage des Chambarans.

 

 

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Ses créations d’emplois

A y regarder de plus prés, les déclarations euphoriques des communicants sont à relativiser. Les chiffres annoncés sont à modérer en tenant compte du très grand nombre d’emplois à temps partiel, pouvant ne représenter que 10 heures par semaines.
Pour les emplois à temps complet, l’amplitude des horaires de certains postes est difficilement conciliable avec une vie privée normale. Les salaires sont dans les plus bas de ce type d’emplois. Les aides d’état associées à ces emplois seront importantes.
Et les titres ronflants associés aux postes de travail gagneraient à être simplifiés et remplacés par du vocabulaire plus honnête:
Femmes de ménage, balayeurs, plongeurs ….. Il n’y a certes pas de sots métiers, mais appeler les tâches par leur nom permet de mieux en appréhender la réalité. Et l’avenir de la jeunesse et sa « fixation » dans la région (argument entendu régulièrement) sont-ils là? Il est à noter que le taux de démissions semble très important dans les center-parcs existants, et quelques recherches sur des sites de « réseaux sociaux », avec « Center Parcs » en mot clé nous le confirme aisément.

 

 

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Un impact économique ?

L’étude des Center-Parcs existants montre surtout une structure faisant vivre sa clientèle en autarcie  et c’est d’ailleurs ce que vantent ses publications. Le touriste y est capté et tout est fait pour l’inciter à consommer sur place.
Center-parcs est une entreprise et, comme telle, n’est pas là pour faire du sentiment, mais du chiffre. Elle n’a aucun intérêt à favoriser une concurrence. Il est intéressant de noter que l’ on trouve sur internet ou dans des brochures tant de center-parcs que des autorités diverses, de multiples articles nous incitant à croire à des retombées futures au moment de convaincre les populations. Etudes prospectives bizarement  très « chiffrées » et voeux pieux se côtoient  dans une admirable consensualité très positive. Mais lorsqu’on essaie de trouver ce qui se passe réellement après, on ne trouve plus rien. Aucune étude postérieure à l’installation de ces structures n’est disponible, alors que les premières créées sont déjà anciennes. Les promesses seraient-elles surestimées et ne seraient-elles que de la propagande ? D’autre part, par le chantage à l’emploi et à la Sainte-Croissance, on continue inlassablement à nous vendre de la consommation à outrance et de la destruction d’espaces, alors que tous les indicateurs écologiques et sociétaux sont au rouge, et de cela nous ne voulons pas. Si le problème du chômage est réel, devons nous pour autant aliéner encore et toujours nos existences à l’acceptation du chantage permanent à celui-ci et ses cortèges de misère associés, ou bien devons nous enfin poser la question du travail dans la société humaine d’une autre façon, non reliée à la rentabilité outrancière et destructrice des lois de la société marchande ?

 

 

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Un impact dans notre quotidien ?

Après, un projet d’une telle ampleur, qui peut nous dire ce que vont devenir les Chambarans ? Center-parcs ne va-t-il pas essayer d’agrandir encore son domaine en utilisant la forêt proche pour des activités rattachées ? Compte tenu de l’afflux potentiel de touristes « en activité », les autorités ne seront-elles pas contraintes d’encadrer ces lieux par des arrêtes restreignant la liberté d’y circuler ? D’autres structures appâtées par la masse de clients déjà présents, ne vont-elles pas à leur tour venir rogner encore cet espace ? la région ne va-t-elle pas se retrouver prise dans le grand délire de la « vitrine touristique » ?
Les routes créées ne vont-elles pas inciter une population citadine à venir construire des résidences secondaires, dont une partie importante en lieu et place de la forêt ? Est-on en train de laisser entrer le loup dans la bergerie ?
Si aujourd’hui nous offrons une main, demain n’est-ce pas le bras entier qu’on nous prendra ?

 

 

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Un investissement rentable de nos impôts ?

La révision à la baisse, par le conseil régional de sa subvention (de 15 millions d’euros initialement prévus, elle passe brutalement à 7 millions ), oblige, dans l’urgence, les différents bailleurs à revoir leurs participations réciproques. Il semble clair que les 8 millions manquants seront pris dans les caisses des communes environnantes mises devant le fait accompli. Si tel est le cas ce « hold-up » sera douloureusement subi par les populations sans recours.L’argent versé par les commune sera-til retiré aux associations locales ? Si, pour avoir droit à du loisir payant, les habitants des communes victimes perdent des subventions à leurs propres associations, cela ne pose-t-il pas un problème moral? Cela semble par ailleurs indiquer, à minima, un manque d’enthousiasme récent à financer la structure. La somme initialement prévue, et dont tout le monde sait qu’elle sera de toute façon dépassée, comme à chaque fois dans ce type d’investissement, ne semble plus aujourd’hui faire l’unanimité. Des informations ou études récentes inciteraient-elles une partie des autorités à plus de prudence ? Et, en tout état de causes, nos impôts « sorte de pot commun », sont ils dans une utilisation normale, lorsqu’ils sont destinés à être offerts à une entreprise privée aux bénéfices colossaux, dés lors qu’elle nous fait l’honneur de nous offrir ses nuisances. Le mot « rentabilité » n’est-il pas censé être exclu des finances publiques ?

 

 

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Et si ça ne marche pas ?

Depuis déjà longtemps, le système capitaliste, pour respecter ses impératifs de croissance nous invente des « bulles », novatrices, modernes, adaptées aux nouveaux et sans cesse renouvelés  » besoins de l’homme ».
Bulles Internet, bulles des nouvelles technologies, et autres bulles sporadiques annonciatrices de bonheur humain par des  créations de richesses et d’emplois ont une fâcheuse tendance à s’effondrer.
En dehors de l’aspect très contestable de ce détournement mercantile et de ces fuites en avant désespérées, force est de constater que ces bulles explosent les unes après les autres et ne tiennent pas les promesses défendues par leurs instigateurs.
Une de ces bulles très à la mode en ce moment, c’est l’industrie des loisirs, avec, là aussi, multiples promesses et tapage médiatique servile, notamment le très prometteur et très hypocrite « tourisme vert « , unanimement proclamé sauveur à la fois de l’écologie et de la crise.
Cette bulle, comme les autres, attire et fait rêver nos spéculateurs habituels qui voient là des milliers de possibilités de faire ronfler les tiroirs-caisse et ne lésinent pas sur les moyens de nous convaincre d’y participer et de l’accepter comme un progrès, voire un sauvetage de nos régions durement touchées par le chômage.
Mais cette bulle qui nous vend, dans un système étonnant, à la fois le travail et le loisir est, elle aussi, susceptible d’exploser par la multiplication délirante de ses structures alors que parallèlement la « crise » affaiblit de manière notable le niveau de vie, et donc, la capacité à dépenser.
Si au bout de 2 ou 3 ans la structure ne tient pas ses promesses et doit s’arrêter, qui nous rendra la forêt détruite pour rien, qui nous débarrassera des ruines, qui nous soignera des rêves brisés et des espoirs une fois de plus déçus ?
Réfléchissons avant de nous faire dévorer par ce monstre qui après nous avoir fait subir 3 à 4 ans de monstrueux chantier pour s’installer, ponctionné les finances locales, et modifié inexorablement les équilibres passés, aura les mains libres et s’assoira sur des promesses qui n’engagent que ceux qui y croient, ou s’auto-détruira et nous laissera un champs de ruine en lieu et place d’une forêt qui, elle, a toujours tenu ses promesses.

 

 

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Un opposant à center-parcs,   le 1er juillet 2009,

Voir site dédié:

  http://chambarans.unblog.fr/

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La psychiatrie sous la menace du tout autoritaire

Posté par admin le 1 avril 2009

SANTÉ MENTALE
La psychiatrie sous la menace du tout sécuritaire
PAR MARTIN TERRIER (13 JANVIER 2009)
Début décembre, le président de la République a annoncé nombre de mesures très autoritaires pour réformer la psychiatrie publique. Avant de modérer son point de vue, le 8 janvier, en se montrant ouvert à la concertation avec les professionnels et les familles.

Un fait divers, aussi tragique fût-il, saurait-il infléchir les orientations générales d’une politique de santé mentale établie de longue date ? Oui, affirme le président de la République, toujours prompt à se saisir personnellement des dossiers et prendre des décisions sans concertation préalable.
Le 12 novembre dernier, un patient schizophrène de 58 ans, hospitalisé d’office (HO) dans l’établissement de Saint-Egrève, près de Grenoble, s’enfuit des jardins où il était autorisé à se promener, se rend en ville, y achète un couteau et, en proie à des pulsions délirantes et hallucinatoires, agresse mortellement la première personne qu’il croise, en l’occurrence un jeune homme de 26 ans. Brutal, dramatique et imprévisible, l’acte est le fait d’un homme dont les antécédents hétéro-agressifs étaient connus et avaient justifié d’autres HO antérieures. Passée une émotion qui dût rester de l’ordre de l’intime – celle, indescriptible, des proches de la victime –, se met en branle un cortège politico-médiatique convoquant dans la figure fantasmée du fou dangereux celle du criminel désigné, comme cela fut déjà le cas en décembre 2004, lors du drame de Pau (deux infirmières de nuit y furent assassinées dans leur service par un patient schizophrène).
« Impensable », « inacceptable », « horrible » donc… L’avalanche de commentaires, dans une course au superlatif dont les politiques ont le secret, se révélera annonciatrice d’une suite de décisions dont certains médias se feront les relais complaisants [1]. Démission du directeur de l’hôpital de Saint-Egrève, exigence d’une réforme de l’hospitalisation en psychiatrie, visite par Nicolas Sarkozy de l’hôpital d’Antony le 2 décembre (« Avez-vous déjà eu peur ? », demanda-t-il aux personnels présents), et présentation [2] en ce même lieu de mesures choc : 70 millions d’euros alloués à la psychiatrie publique (dont 30 pour la « sécurisation » des services et l’ajout de 200 chambres fermées, et 40 pour la création de 4 Unités pour malades difficiles (UMD) supplémentaires aux 5 déjà existantes) ; dispositif de géolocalisation et création d’un fichier national des personnes HO ; et enfin, réunion d’un collège de trois experts afin de statuer sur toute sortie d’essai, ou définitive, d’un patient HO (la décision ultime restant du ressort des préfets, rappelés dans le discours présidentiel à « l’engagement de leur responsabilité »). Typique de la méthode présidentielle, le discours inaugural d’Antony alterne hommages très (trop) appuyés aux professionnels, sophismes et tautologies comme autant d’appels au “bon sens”, et mesures impératives. Si nul ne nie la nécessité de parer à la dangerosité potentielle et réelle de malades – ce à quoi répond déjà l’appareil médico-légal –, les mesures envisagées, pour l’essentiel coercitives, montrent surtout une profonde incompréhension de la dynamique du soin psychiatrique. Peu de considération pour ses acteurs, tenus à l’écart [3], contre toute évidence, de tout niveau décisionnel. Et génèrent enfin une forte inquiétude, tant y est criante l’absence d’anticipation sur les conséquences qu’elles entraîneront.

La psychiatrie publique aujourd’hui
Chaque département français dispose d’un Centre hospitalier spécialisé (CHS) ou Etablissement public de santé (EPS) chargé d’accueillir, soigner et accompagner les personnes souffrant de troubles psychiques. Un établissement est structuré en secteurs de psychiatrie adulte et intersecteurs consacrés aux enfants et adolescents. Dans les régions fortement urbanisées et peuplées, telles la région parisienne, un secteur couvre géographiquement une population de 50 000 à 100 000 habitants. Chaque secteur, enfin, dispose d’une unité d’hospitalisation à temps plein et de structures extra-hospitalières : hôpital de jour, centre médico-psychologique (CMP), appartement thérapeutique… – supports institutionnels de thérapies qui s’étirent souvent sur de nombreuses années. La politique de sectorisation, initiée par circulaire en 1960 et pleinement installée par la loi du 25 juillet 1985, est globalement parvenue à maturité sur tout le territoire. Sa création fut le fruit d’un long cheminement clinique, politique, philosophique et culturel. Tenant l’asile pour un lieu d’enfermement et d’exclusion, intégrant les apports psychanalytiques et philosophiques qui avaient levé la frontière entre normal et pathologique, s’appuyant sur la médication psychotrope alors naissante, les fondateurs du secteur ont poursuivi une idée-force : restaurer la personne malade dans sa citoyenneté et l’accompagner dans la cité, hors les murs de l’asile. Engagée désormais dans une politique de rationalisation de son fonctionnement et de ses coûts, la psychiatrie publique a fortement réduit la voilure, et en premier lieu son nombre de lits. Les secteurs qui disposaient encore de 40 ou 50 lits il y a dix ans n’en comptent plus que 20 aujourd’hui. Ce faisant, et au risque de réduire les thérapies aux seuls psychotropes, les temps d’hospitalisation sont très courts (une quinzaine de jours en moyenne), les patients souvent à peine stabilisés au moment de leur sortie, et les services perpétuellement pleins. Un flux tendu qui n’est pas sans implication sur les équipes soignantes, notamment confrontées à des problèmes de sous-effectifs (entre autres chez les infirmiers et les psychiatres). Ce turn-over très rapide des patients et l’engorgement de l’hospitalisation à temps plein pèsent enfin sur les structures extra-hospitalières, elles aussi surchargées [4].
Qu’est-ce que l’hospitalisation d’office (HO) ?
Longtemps soumis à l’arbitraire, l’asile n’a été pleinement encadré par la loi qu’à compter de 1838. Celle-ci définissait notamment les trois modes d’hospitalisation alors en vigueur : le placement d’office (PO), le placement volontaire (PV, qui n’avait de volontaire que le nom) et le placement libre (PL). Une législation qui se perpétuera plus d’un siècle et demi et ne sera réformée que par la loi du 27 juin 1990, toujours en application. Les trois types d’hospitalisation sont alors redéfinis : > L’hospitalisation libre, où le patient adhère à son projet de soins. > L’hospitalisation à la demande d’un tiers, hors consentement de l’intéressé, où la demande de placement est requise par un tiers et soumise à certification médicale. > L’hospitalisation d’office enfin, décision médico-légale qui correspond à un arrêté préfectoral. Régie par l’article L3213-1 du Code de la santé publique, elle est requise lorsqu’une personne présente des troubles mentaux compromettant la sûreté des personnes (y compris elle-même) ou portant atteinte à l’ordre public. Elle nécessite une double certification médicale et ne peut être levée que par décision du préfet sur demande et avis médical. Elle associe donc une obligation de soins à un maintien en structure fermée. Actuellement, environ 13% des hospitalisations sont des HO. Dans le cas d’actes graves entraînant une procédure pénale, des experts psychiatres statuent sur l’irresponsabilité de la personne par abolition ou non de son discernement au moment des faits. Si l’irresponsabilité est avérée, un non-lieu est prononcé selon l’article 122-1 du Code pénal.

Vue générale de l’hôpital Sainte-Anne
Qu’en est-il de la dangerosité du malade mental ?
Le plus souvent consécutifs à des troubles psychotiques, donc à des manifestations délirantes qui altèrent la représentation de la réalité, les actes de violences commis sur autrui par des malades mentaux sont très rares, ramenés à l’ensemble de la population adulte. Ce qui n’exclut pas l’existence et la gravité de ces passages à l’acte lorsqu’ils ont lieu, mais qui les ramène à une réalité statistique qui entame la représentation fantasmatique du “fou dangereux”. Les statistiques du ministère de l’Intérieur et les conclusions du rapport Lovell de mars 2005 (Commission “Violence et santé mentale”) font apparaître que plus de 90% des actes homicides commis (environ 1 800 en France chaque année), dont 70% sous l’emprise de l’alcool, sont le fait de personnes non sujettes à des troubles psychiatriques. Selon le rapport Lovell, « les troubles mentaux, stricto sensu et sans l’appoint d’une dépendance alcoolique, ne sont impliqués que dans 3% des actes criminels ». Enfin, on soulignera que les malades mentaux sont vingt fois plus victimes de violences qu’ils n’en sont eux-mêmes les initiateurs.
Quelles sont les conséquences potentielles des mesures envisagées ?
Concrètement, il est à craindre à moyen terme un accroissement des mesures d’hospitalisations d’office, de par la réactivité à tout comportement qui pourrait être assimilé à une conduite dangereuse. La réticence des autorités préfectorales à la levée des HO et le temps nécessaire à la consultation des trois experts entraîneront une augmentation des HO – et ce sur un temps d’internement bien plus long qu’à l’accoutumée. L’engorgement actuel des services hospitaliers s’en ressentira d’autant, au détriment de tous : patients, HO ou non, et professionnels. En terme sociétal, les professionnels de santé voient dans ces mesures un mouvement de forte régression de la représentation des troubles mentaux. L’analogie effectuée entre souffrance psychique et dangerosité, et le recours suggéré à un enfermement accru risquent de réactiver une stigmatisation politique, sociale et culturelle du malade mental – une image de fou désigné comme dangereux contre laquelle cliniciens, philosophes, acteurs sociaux luttent depuis des décennies. Subordonnant l’obligation de moyens des professions de santé à son « obligation de résultats » (la sécurité publique), le président de la République risque bien d’accentuer une fragmentation du tissu social, en marginalisant un peu plus encore un malade mental qui l’est déjà trop. Un paradoxe de plus au discours habile du président, qui affirmait à Antony : « Nous devons nous engager pour que l’on parle de vos établissements autrement qu’à l’occasion de faits divers qui mettent en cause les patients qui vous sont confiés. » Le contraire, très exactement, de ce qu’il était en train de faire.
Martin Terrier
Notes
[1] Lors des derniers jours de décembre, nombre de médias, encore “chauds” après le crime de Grenoble, s’emparent de « l’évasion d’un dangereux schizophrène » des hôpitaux de Marseille, au risque du sensationnalisme. Contre-exemple, on (re)lira avec profit l’excellent article de Céline Prieur dans Le Monde du 21 novembre et le dossier conduit par Libération le 15 décembre.
[2] On peut télécharger en format PDF l’intégralité du discours d’Antony sur le site de la présidence de la République.
[3] Reçus à l’Elysée par Nicolas Sarkozy le 8 janvier, les représentants du Syndicat des psychiatres des hôpitaux et d’autres professionnels ont entendu l’appel à la concertation du président et sa volonté de reconsidérer sa première intervention, évoquant notamment l’élargissement de la santé mentale au secteur médico-social et appelant à la dynamisation de la recherche.
[4] Patrick Coupechoux, rédacteur au Monde diplomatique, a publié en 2006 un ouvrage remarquable sur la psychiatrie publique, l’histoire, les missions et le fonctionnement du secteur : Un monde de fous – Comment notre société maltraite ses malades mentaux (Seuil, 358 pages, 19 €).

Source:

http://www.bastamag.net/spip.php?article376

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